Le 24 mai 2008 la journaliste scientifique du quotidien italien le Sole 24 Ore, Ludovica Manusardi Carlesi, a publié un article intitulé “Nucléaire, la fusion froide fonctionne” qui eut un grand retentissement à un moment où la recherche tendait en direction de la fission nucléaire.

Mme Manusardi écrivit que “la première expérimentation publique de Yoshiaki Arata sur la Condensed Matter Nuclear Science, mieux connue sous le nom de fusion froide a remporté un succès”. Cette expérimentation a eu lieu à l’Université d’Osaka au Japon, où Arata est un professeur émérite, “face à un public qualifié”.

Mme Manusardi est une fidèle observatrice du phénomène de la fusion froide. Le 22 janvier 2005 elle écrivit toujours sur le Sole 24 Ore un article intitulé « le Japon fait un pas en avant pour rendre inoffensifs les résidus » [radioactifs]. Dans cet article il était également question d’un projet commun italo-japonais pour un montant de 25 millions d’euros qui aurait été géré en Italie par le prof. Celani de l’INFN de Frascati.
Cette initiative n’eut malheureusement aucun suivi car la méthode proposée de conditionnement des produits de fission nucléaire était totalement inconsistante du point de vue scientifique. D’ailleurs son concepteur, Yasuhiro Iwamura de la Mitsubishi, ne parvînt pas même à breveter ce processus. Un rapport fut présenté contre le projet italo-japonais à Pontignano (Sienne) en mai 2005, au cours d’un congrès sur la fusion froide. Vous pouvez retrouver cette intervention sur le site http://www.iscmns.org/siena05/Franchini.pdf .

Yoshiaki Arata, à présent âgé de 88 ans, est professeur émérite de l’Université d’Osaka. C’est un personnage singulier qui dit s’être occupé de fusion froide bien avant Fleischmann et Pons cf extrait de son intervention lors de l’ICCF 12 (International Conference on Cold Fusion) de 2005, à Yokohama: « Cette méthode pour produire des pressions extrêmement élevées brevetée aux USA est réalisée grâce au deutérium extrêmement pur à des pressions extrêmement élevées (plus de 10.000 atmosphères) utilisant une méthode électrolytique. En 1933, pour la première fois au Japon nous avons lancé l’expérimentation de fusion thermonucléaire en générant plusieurs millions de degrés centigrades avec un courant de plusieurs millions d’Ampères, qui étaient le courant et la température les plus élevés à l’époque. Mais à l’époque les Japonais ne pouvaient pas acheter de gaz deutérium sur le marché. Nous, nous produisions du gaz deutérium avec un système semblable à celui-ci, que je construisis moi-même. Cet événement fut décrit de façon détaillée dans une revue américaine, 21 st Century Science and Technology. J’ai pensé que ce dispositif pouvait être utilisé pour la fusion froide. »

10.000 atmosphères… des millions de degrés centigrades…des millions d’ampères… fusion thermo-nucléaire en 1933… production de deutérium; quelqu’un pourrait dire qu’Arata déraille, malgré tout le respect. Le texte, plutôt incertain, est peu crédible. La présentation d’Arata à Osaka a été reportée par Jed Rothwell, un amateur américain de la fusion froide et traducteur du japonais d’un livre de Tadahiko Mizuno sur les réactions nucléaires froides à partir de l’hydrogène léger. Rothwell réfère ce qui suit: “Comme il a l’habitude de faire”, Arata commence par distribuer un opuscule en japonais contenant tous les mérites, les hommages, ses signes de reconnaissance en tout genre reçus durant sa longue vie. Ensuite, il commence à parler: “son discours était difficile à suivre, même pour les Japonais.” “Arata est un personnage pittoresque, un génie, même si, pour être poli, ses discours ne sont pas bien organisés”. Le réacteur est formé d’un boîtier cylindrique en acier d’une longueur de 20 cm et de 3 cm de diamètre. Le fond du cylindre est occupé par de l’ “oxyde de zirconium avec des nano-particules d’oxyde de palladium”. L’air est expulsé de ce réacteur et remplacé par le deutérium pur qui est introduit à l’aide d’une bouteille externe de 100 atmosphères. “La production de chaleur commence immédiatement”.“La température monte jusqu’à 70 ° C”. “Un petit moteur électrique est situé à côté de la cellule et est alimenté avec un générateur thermoélectrique”.
Aussi simple. Trop simple. Mais Arata n’a fourni aucune information concernant la réaction fortement exothermique qui permet l’absorption d’hydrogène/deutérium de la part du palladium. Les informations fournies sont donc insuffisantes et probablement aurait-il fallu obtenir une traduction plus fidèle et précise de l’expérimentation d’Arata ou presser davantage l’Université d’Osaka afin qu’elle délivre de plus amples informations à ce sujet.

Manusardi et Arata ne sont certainement pas des exemples de personnes scrupuleuses et prudentes donc le sens critique est de rigueur à l’égard de leurs déclarations. A un moment où le souci énergétique est généralisé, il aurait été opportun que chacun, selon ses propres compétences, eût fait preuve d’un certain comportement responsable et eût évité de diffuser des nouvelles technico-scientifique dépourvues de tout sérieux. Les travaux scientifiques doivent être présentés selon une pratique bien précise, scrupuleuse et impartiale sans se faire prendre au piège du scoop à tout prix sans être capable de suivre les opérations dans le détail. Fleischmann et Pons commirent la même erreur et les conséquences furent pour eux désastreuses.

Une demande avait été adressée il y  a quelques années de cela directement à l’Université d’Osaka afin de faire justement le point sur la véridicité des propos d’Arata et de Mme Manusardi, qui, par sens du devoir professionnel, et humain, auraient dû rendre compte à tous les citoyens des développements, négatifs ou positifs, qu’ils eurent été, tout comme bon scientifique et professionnel digne de ce nom…