Il y a déjà une dizaine d’années, le chercheur et expérimentateur français Jean-Louis Naudin faisait l’expérience positive de la « fusion froide » et la rendit populaire à tel point qu’elle fut répliquée à plusieurs reprises notamment par des chercheurs du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) à Paris et des étudiants de Louisiane.

Ce fut l’une des plus grandes polémiques scientifiques de la fin du 20ème siècle. La fusion froide – fusion de deux atomes à basse température – fit couler beaucoup d’encre depuis que « l’affaire Fleischmann et Pons » éclata en 1989. Ces deux scientifiques affirmèrent pouvoir transmuter de l’hydrogène en hélium avec des moyens très simples, à température ambiante. Avec, en prime, un dégagement de chaleur anormal susceptible d’en faire une source d’énergie quasi inépuisable. Bref, c’était le grand retour de l’alchimie !

Mais l’expérience de Fleischmann et Pons se révéla instable, difficile à reproduire et inexplicable à l’aide des théories physiques connues à l’époque. Celles-ci stipulèrent en effet que la fusion n’était possible qu’à de très hautes températures (c’est d’ailleurs l’objectif du pharaonique et très controversé projet ITER). La fusion froide fut donc rapidement mise au ban par la communauté scientifique. Mais vu les enjeux, certains chercheurs et grandes entreprises poursuivirent leurs recherches, de façon plus ou moins déclarée.

Ces expérimentations permirent d’arriver en 2005 à des résultats prometteurs: diverses expériences furent répliquées, plusieurs transmutations ont été observées et il semblait que l’on était en train d’assister aux premiers frémissements d’un revirement progressif de l’establishment scientifique. Chaque année, EDF et le Commissariat français à l’énergie atomique (CEA) envoyaient discrètement des experts assister aux conférences internationales sur le sujet. La revue Science & Vie, réputée pour son scepticisme, avait même consacré sa « une » et 18 pages enthousiastes à ces phénomènes («Alchimie: les physiciens commencent à y croire ! », Science & Vie, n° 1040, avril 2004, pp.48-66). « J’ai accepté de soutenir des recherches sur la fusion froide au CNAM sans y croire vraiment, mais en pensant démasquer l’artefact, y déclarait Jacques Foos, directeur du laboratoire des sciences nucléaires au CNAM à Paris. Aujourd’hui, je suis convaincu que le phénomène existe même si ce n’est pas de la fusion classique. » Début décembre 2005, à Yokohama (Japon), les travaux de son collègue Jean-François Fauvarque, professeur d’électrochimie industrielle, furent présentés à la 12ème Conférence internationale sur la matière nucléaire condensée (nouvelle étiquette, moins polémique, de la « fusion froide »).

Parallèlement, au cours de ces deux années, un public de scientifiques indépendants, d’étudiants et d’apprentis chimistes s’emparèrent du phénomène. Dont bien sûr Jean-Louis Naudin, qui reproduisit plusieurs expériences et diffusa ses résultats sur Internet, incitant par ailleurs les chercheurs du CNAM à se lancer dans cette aventure.

Actuellement, tous continuent de courir, aux quatre coins du monde, après la maîtrise d’un phénomène qui pourrait remplacer le pétrole, transmuter en éléments inertes les tonnes de déchets radioactifs générés par les centrales nucléaires depuis près de 60 ans et reléguer le projet ITER aux oubliettes de l’histoire…